Observatoire de la SMQ
 | La Société des musées québécois | Actualités | Outils de référence |



 | Infos en bref | SMQ / Interventions | Réflexions et analyses | Dossiers thématiques | En direct des régions | Agenda |



 | Comptes rendus et reportages | Documents à signaler | Conseils techno | Offres d'emploi | Nominations et départs |



 | Prix | Salle de presse | Babillard |

[ Espace professionnel [ Actualités [ Comptes rendus et reportages [ Cyber-reportages [ RIMA 2002

La première édition des Rencontres internationales du multimédia d'apprentissage s'est tenue à Québec du 19 au 21 mars 2002. L'événement était organisé par la Chambre de commerce et d'industrie du Québec métropolitain. Invitée à y assister, la SMQ était représentée par Françoise Simard du Réseau Info-Muse et Louise LeBlanc de l'Observatoire des musées. Nous avons orienté notre présence sur les contenus plus directement liés au secteur muséal, mais les RIMA nous réservaient aussi une bonne dose de coups de cœur ! Il est fort probable qu'une synthèse des contenus de l'événement soit diffusée par les organisateurs. Nous vous proposons ici, un compte rendu de notre passage précédé de la jeune histoire de ces RIMA.

 

 L'origine des RIMA
Tout d'abord, il faut dire que le président du Comité organisateur des RIMA, Claude Camirand, directeur du service des technologies au Musée de la civilisation, est l'un des principaux maître d'œuvre de l'événement. Nous espérons ne faire ombrage à aucun de ses pairs en affirmant qu'il en est presque le «père». En effet, lors d'une entrevue, Claude Camirand nous a raconté que les RIMA ont pris source en juin 1999 dans le cadre d'un jumelage entre la Ville de Québec et celle de Bordeaux. Les deux municipalités ont alors caressé le projet de créer un «Festival du logiciel pédagogique». Ce projet ayant avorté, un organisme régional indépendant, alors présidé par Claude Camirand, le Groupe d'intérêt en Multimédia et Inforoutes (GIMI), a repris le flambeau pour relancer l'initiative sous la forme des RIMA avec l'appui de la Chambre de commerce et de l'industrie de Québec. Au Comité organisateur, composé d'acteurs du domaine du multimédia d'apprentissage s'est greffé le Comité scientifique composé, entre autres, de personnalités reconnues internationalement. Mentionnons, Philippe Guillet directeur de l'Office de coopération et d'information muséographiques de France et Serge Pouts-Lajus de l'Observatoire européen pour les technologies de l'apprentissage. Au printemps 2001, un préévénement permit de consulter une centaine de spécialistes pour élaborer les sujets de la programmation mise en œuvre en mars 2002.

Interdisciplinarité - convivialité - échelle humaine

Claude Camirand, président du Comité organsateur des Rima
Claude Camirand, directeur du service des technologies au Musée de la civilisation et président du Comité organisateur des Rima.

Si l'objectif avoué des RIMA est de positionner la Capitale nationale comme pôle international du multimédia d'apprentissage et de favoriser des liens d'affaires entre les participants, Claude Camirand nous a également présenté les RIMA en les comparant à une fonction d'apprentissage incontournable : «ouvrir des fenêtres». Les spécialistes du multimédia d'apprentissage proviennent du domaine de la recherche, de l'industrie, de l'éducation, des technologies ou encore de la muséologie. Ils oeuvrent dans le secteur privé ou public et travaillent sur tous les continents. Cette première édition comptait environ 25% de participants hors pays, un pourcentage très satisfaisant pour une première, selon les organisateurs.

Les présentations pratiques, théoriques et, par moments, philosophiques se sont cotoyées durant les quatre jours. Les occasions de rencontres et de discussions étant multiples, parions que plusieurs relations d'affaires y ont été amorcées.

 

 Place au secteur muséal
La programmation se composait de 24 ateliers, 10 démonstrations et 5 conférences en plénière. Le secteur muséal y était représenté par le biais de 3 ateliers, 2 démonstrations et une conférence en plénière. Les intervenants y ont abordé l'évaluation du multimédia d'apprentissage et l'intégration du multimédia dans les institutions muséales, autant sur les plans de l'accès aux collections, de la réalisation et des enjeux reliés à l'accès et à la diffusion.

Goéry Delacote, directeur de l'Exploratorium de San Francisco
«Le savoir permet de poser des ques-tions plus astucieuses.» Goéry Delacôte

Le mariage du réel avec le virtuel
Goéry Delacôte, directeur de l'Exploratorium de San Francisco depuis le début des années 1990, nous a entretenu, lors d'une conférence en plénière, des rapports entre le virtuel et le réel, plus particulièrement dans le secteur de la muséologie. L'Exploratorium, un des musées pionniers de l'apprentissage par manipulations, a intégré au cours des années 1990 plusieurs éléments multimédias comprenant des manipulations virtuelles. De plus, un des objectifs du site Web de l'Exploratorium est de créer des relations - réelles - entre visiteurs - virtuels et réels - par le biais d'un studio de «Webcast» permettant de réaliser des films pour fin de diffusion sur le Web. Fait intéressant, le studio bénéficie d'un budget équivalant au secteur de l'éducation et à celui des expositions.

D'après Goéry Delacôte, cette rencontre du réel et du virtuel élargit les horizons des institutions muséales, car elle leur permet d'étendre leurs secteurs d'intervention à des manifestations sociales, culturelles ou environnementales. C'est ainsi que les visiteurs de l'Exploratorium se mêlent à ceux, virtuels, du site Web de l'institution pour assister ou commenter des phénomènes qui sont, eux, bien réels. Par exemple, deux éclipses solaires ont été présentées en temps réel à l'Exploratorium. C'est un peu comme si les spécialistes de l'institution se faisaient reporteurs-aventuriers pour partager en direct leurs connaissances des phénomènes scientifiques. Goéry Delacôte croit que ce mariage du virtuel et du réel est nécessaire à l'avenir des musées. À son avis, le virtuel concourt à la construction du savoir, ce dernier permettant «de poser des questions plus astucieuses». Il constate toutefois que l'équilibre entre le multimédia et les autres types de production n'est pas atteint à ce jour.

Les alliances

Didier Moreau et Nicole Vallières durant la période 
        de discussion avec les participants
Didier Moreau et Nicole Vallières durant la période de discussion avec les participants.

Le thème des alliances a été développé dans quelques ateliers. Ainsi, Nicole Vallières, responsable des collections au Musée McCord et Didier Moreau, directeur du centre des sciences et des techniques, Espace Mendes, à Poitiers ont abordé le sujet par le biais des alliances musées, institutions d'enseignement et entreprises.

Nicole Vallières nous a entretenu du projet «ClioClic» qu'elle dirige. Ce projet repose sur une alliance entre une équipe de chercheurs universitaires, d'enseignants du secondaire, de professionnels du multimédia et de muséologues du Musée McCord afin de réaliser sur Internet des activités pédagogiques destinées aux adolescents. Il vise, d'une part, à fournir aux élèves un espace de travail virtuel et, d'autre part, à donner aux enseignants une source d'outils pédagogiques en utilisant les collections du Musée McCord. [1] Selon madame Vallières, il est tout à fait possible de créer des alliances viables, à condition que chacun des intervenants se respecte mutuellement en reconnaissant la légitimité de chacun dans la «chaîne» de production.

Didier Moreau de l'Espace Mendes, prône, pour sa part, le rassemblement des intervenants francophones des NTIC en un front commun apte à se mesurer à l'ensemble du contenu anglophone. À son avis, le premier défi à relever est de construire un vocabulaire commun. Alors seulement, dit-il pourrons-nous nous comprendre et créer des partenariats durables et performants. Didier Moreau oeuvre d'ailleurs en ce sens.

Musées et multimédia
Michel Groulx du Centre des sciences de Montréal, Bruno Jammes de la Cité des sciences et de l'industrie à Paris, Alain Massé de lab)idéeclic! de Hull et Victoria Kravchyna de la University of North Texas ont participé à une table ronde animée par Katy Tari sur les musées et le multimédia d'apprentissage. Dans une première intervention, Alain Massé nous a informé de l'état d'avancement du projet «OMIC» visant à offrir aux utilisateurs (qu'il s'agisse d'institutions muséales, d'une clientèle scolaire ou du grand public), une façon simple et conviviale de produire des expositions et des activités en ligne sans avoir besoin de recourir aux services de firmes spécialisées. Pour développer son produit, Alain Massé s'est assuré la collaboration du Réseau canadien d'information sur le patrimoine et des Archives Nationales du Canada.

Madame Victoria Kravchyna nous a fourni les résultats d'une recherche sur l'évaluation des sites Web d'institutions muséales aux États-Unis. L'étude révèle entre autres que 70% des visiteurs de musées consultent le site avant et après leur visite du musée. Elle ajoute que les visiteurs y recherchent principalement de l'information sur les expositions récentes (68%) ainsi que sur la collection du musée (63%).

Michel Groulx du Centre des sciences de Montréal a ensuite fait état des résultats d'une enquête réalisée par des étudiants du programme conjoint de maîtrise en muséologie Université de Montréal-UQÀM sur la perception des visiteurs face au multimédia. L'étude révèle que les enfants s'adaptent très bien au support multimédia alors que leurs parents ont plus de mal à en comprendre le fonctionnement. Il a rappelé que le Centre des sciences de Montréal positionne le multimédia comme le principal véhicule de contenu et d'animation.

Katy Tari et Andrée Lemieux quelques minutes avant leur présentation
Katy Tari et Andrée Lemieux quelques minutes avant leur excellente démonstration.

Pour sa part, Bruno Jammes de la Cité des sciences à Paris a présenté cinq types d'usages du multimédia au sein de son institution, de l'utilisation individuelle des bornes interactives jusqu'aux expériences de groupe. Pendant les «Classes La Villette», des groupes scolaires passent une semaine au Centre des sciences avec pour objectif la réalisation d'un site Web sur un sujet prédéfini. Le site réalisé s'intègre ensuite à celui de la Cité des sciences. M. Jammes insiste sur l'interdisciplinarité de l'exercice et sur le fait qu'il doit s'agir pour les élèves d'un projet axé sur le contenu et non sur l'utilisation des technologies.

Au volet des démonstrations, Andrée Lemieux, directrice du Centre d'exposition de l'Université de Montréal et Katy Tari de Musée Média ont réalisé une visite guidée et commentée de leur exposition virtuelle «Curieux univers». Le Musée virtuel du Canada a aussi fait l'objet d'une démonstration donnée par Danièle Boily du Réseau canadien d'information sur le patrimoine (RCIP).

 

 L'omniprésence du droit d'auteur
La production de multimédias d'apprentissage fait appel à plusieurs types de professionnels qui interviennent à différents moments dans la production. À chacune de ces interventions, la question du droit d'auteur est omniprésente. Daniel J. Gervais, professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa a dressé un état de la question dans un des ateliers. D'emblée, il s'est attaqué à une fausse perception en affirmant que le droit d'auteur n'existe pas ! En fait, il existe une série de droits reliés à des «oeuvres»... mais la notion d'œuvre n'est pas définie par la loi. Daniel Gervais compare la Loi sur le droit d'auteur à un «ensemble» de droits et de conditions pouvant être découpés et agencés selon différents paramètres comme la durée, le type d'utilisation ou le type d'utilisateur. Cet ensemble de lois est complexe au Canada et ailleurs dans le monde, et les accords internationaux limitent les possibilités d'amendements pour les différents gouvernements. Le Canada finalise présentement un exercice d'amendements afin d'y intégrer plus précisément la réalité d'Internet.

La nécessité de respecter la loi et ses multiples applications a suscité la création d'une gestion automatisée du droit d'auteur à l'Office national du film. Il s'agit du projet SYNCHRONE qui a été présenté par Yves Rivard durant le même atelier.

Les problèmes soulevés par les participants à cet atelier étaient associés à l'identification du ou des titulaires du droit et à l'inquiétude de certains créateurs de contenus de voir leur travaux diffusés librement sur Internet. Messieurs Gervais et Rivard ont rappelé que la même inquiétude s'était répandue lors de l'avènement du photocopieur, du VHS et, plus récemment, de la musique sur Internet. À cet égard, Françoise Simard, responsable du Réseau Info-Muse est intervenue afin de souligner l'importance accordée par le secteur muséal au respect des droits des artistes lors d'une utilisation de leurs œuvres dans des produits grand public sur Internet. Elle a signalé la position officielle prise récemment par la SMQ [2] recommandant le versement de redevances aux artistes ou aux titulaires des droits dans le cadre d'une diffusion grand public sur Internet et le besoin de financement des organismes à cet égard.

 

 Évaluer le changement

Pierre Moeglin, professeur et directeur de la formation doctorale et du laboratoire des  sciences de l'information et de la communication (LabSic) à l'Université Paris XIII
La conférence de Pierre Moeglin, un des moments forts de ces RIMA.

«Il est toujours difficile de faire des prédictions, surtout quand elles concernent l'avenir.» Pierre Moeglin, professeur et directeur de la formation doctorale et du laboratoire des sciences de l'information et de la communication (LabSic) à l'Université Paris XIII, cite Nick Bohr et donne le ton à cette conférence en plénière qui a été l'un de nos coups de cœur. C'est avec toute la maîtrise de la rhétorique et un sens de l'humour savoureux que Monsieur Moeglin nous a entraînés dans ses réflexions.

Pierre Moeglin a analysé deux questions courantes entourant le multimédia dans un contexte d'apprentissage : «Qu'est-ce que le multimédia change dans des situations pédagogiques et éducatives ?» et «À quoi sert le multimédia à l'école ?». Il a littéralement décortiqué ces questions pour démontrer qu'elles sont sans objet. Cette démonstration à saveur historique et philosophique était un délice pour l'esprit. Il a, entre autres, rappelé que le cœur du processus d'apprentissage se situe dans une relation entre humains : le maître et ses élèves, et que ce processus d'apprentissage est tissé par la société de son époque, non par l'outil utilisé. En fait, le multimédia peut, à certains égards, être comparé à un manuel scolaire : il s'adresse à l'ensemble et permet à cet ensemble d'apprendre à travers un processus individuel.

 

 À la prochaine édition !
Notre passage a été enrichissant à bien des égards. La structure d'accueil mise en place pour favoriser les rencontres et aussi faire apprécier les forces de la région s'est avérée efficace.

Des participants  discutant dans le hall des RIMA

Au troisième jour de la programmation, Claude Camirand nous confiait avoir déjà reçu une proposition d'une région française pour y tenir des RIMA en 2003. À ce stade-ci, une chose semble toutefois assurée : l'événement aura lieu de nouveau à Québec en 2004.

D'ici là, les personnes intéressées peuvent suivre les développements en s'abonnant au bulletin via le site Web des RIMA.

 

Françoise Simard, responsable du Réseau Info-Muse
et Louise LeBlanc. spécialiste de l'information

_____________________________

[1] Lire la réflexion de Marie-Claude Larouche «ClioClic, projet muséal pédagogique sur Internet» sur l'Observatoire des musées.  Retour au texte

[2]Lire la «Position de la Société des musées québécois en regard de la diffusion d'œuvres protégées sur Internet notamment dans la base de données Info-Muse et dans Musées à découvrir Retour au texte

 

 

Qu'est-ce que l'Observatoire? | Réalisation du site | Engin de recherche | Aide | Pour nous joindre Haut de la page
Société des musées québécois www.smq.qc.ca Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012