La preuve par trois
Venus de trois pays différents, trois candides pour trois jours de Rencontres :
Monsieur Pierre-Yves Kairis (Belgique), Monsieur Varoux (France)
et Monsieur Raymond Montpetit (Québec).
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Messieurs Montpetit, Kairis, Dumais et
Varoux pendant la séance plénière.
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Le premier de ces mousquetaires, bien que légèrement frustré
de n'avoir pu participer qu'à un quart des ateliers, s'est voulu d'emblée
rassurant : le multimédia ne va pas tuer le musée !
« L'uvre d'art ne sera jamais réductible à sa
reproduction. » Lors de ces Rencontres, des musées de types
très différents se sont trouvés réunis, avec chacun
ses problèmes spécifiques. Cependant l'ensemble des missions tourne
autour de l'aspect du service au public. Les NTIC maintiennent cet équilibre
et pas seulement pour la diffusion et l'éducation. Monsieur Kairis aborde
alors la notion de propriété intellectuelle face à l'exception
culturelle. « Les conservateurs conservent un peu trop leurs collections. »
Les dimensions légales ressemblent parfois aux barreaux d'une prison.
Or si l'on désire une diffusion voire une circulation universelles, le
mot d'ordre devrait être : « Piratez-moi ! »
Par rapport à Dijon, les discussions ont apparemment évolué
mais elles continuent de faire rêver les petites et moyennes institutions.
Alors, pour Bruxelles, pouvons-nous espérer un peu plus de pratique ?
Prenant le relais, Monsieur Varoux remarque aussi la diversité de projets,
d'expériences et de présentations. Alors que la réflexion
logeait à Dijon, l'action semblait habiter Montréal. Quel type
de réflexion approfondie élira domicile à Bruxelles ?
Le succès des Deuxièmes Rencontres repose sur l'accent porté
aux publics, en insistant sur le pluriel. L'avancée flagrante d'Internet
nous provoque en ce sens : il faut tout faire pour éviter d'avoir
des exclus, des parias de la démocratisation de l'accès aux collections.
Utiliser le Web comme vitrine pour les musées et comme moyen de toucher
les publics éloignés est bénéfique tant que l'on
ne transforme pas les NTIC en contenu. Elles ne sont pas une fin en soi !
Le méta-cerveau collectif prédit par Pierre Lévy a fait
frissonner notre candide français. Lui, il met en garde contre l'uniformisation
et prône le maintien de la diversité culturelle. Prêchant
un peu pour sa chapelle, Monsieur Varoux a clamé le besoin des musées
virtuels pour le patrimoine industriel et a mis en exergue la force du mouvement
associatif au Québec « que l'Etat considère comme un
interlocuteur crédible et respectable ». Il a ensuite lancé
l'idée d'étendre l'Observatoire (profitable aux petites et moyennes
institutions) à toute la francophonie. C'est ce qui s'appelle rendre
un légitime hommage à son hôte
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Interventions
d'un muséologue marseillais et d'un muséologue nigérien.
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Monsieur Montpetit a, quant à lui, directement posé une question
cruciale : Les nouvelles technologies sont-elles une modernisation parmi
d'autres ou une mutation fondamentale ? Sommes-nous vraiment entrés
dans une nouvelle ère, dans une nouvelle époque de cultures humaines ?
Le musée a commencé comme un immense cumul d'objets, dans lequel
on a ensuite introduit des écritures. Après l'audiovisuel, on
cherche désormais à intégrer des réseaux informatiques.
Les utilisations variées de ceux-ci ont permis de dépoussiérer
les musées : la promotion et la présence sociétale
du musée, l'inventaire, l'animation à l'appropriation du patrimoine
et l'éducation. Les technologies dans l'espace expositionnel tentent
de réconcilier la contemplation, l'information et la participation. « Soyons
créatifs ! », nous lance Monsieur Montpetit.
Par contre, la redondance des produits médiatiques n'est pas réglée
et coûte cher. De plus, le manque de contenus est flagrant, or nous naviguons
non pour naviguer mais pour trouver. Le musée, plus qu'un lieu de collection,
doit donc devenir un lieu de production de sens. Le Web va-t-il d'abord servir
à accélérer, à accentuer la célébrité
de certaines vedettes du patrimoine mondial (comme Van Gogh ou Cézanne)
? « La question des marginalisations, des exclusions n'est pas réglée.
Elle est devant nous . »
Suite à ces trois interventions, la nombreuse assemblée a bien
réagi en formulant ses avis et ses questions. Il en ressort qu'il ne
faut pas confondre vitesse et précipitation (selon un muséologue
du Niger), les NTIC comme moyen et non comme fin (selon un muséologue
marseillais), et surtout ne pas confondre « mettre du lait dans le
café et du café dans du lait » (selon un muséologue
tunisien). Pour conclure cette séance, l'extrait d'une citation d'Henri
Bergson : Le corps agrandi attend un supplément d'âme !!!
À bon entendeur
Cécile Graillet - 18 septembre 1999