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Suite à l'allocution de la ministre de la Culture et des Communications du Québec, madame Agnès Maltais, au sujet de la politique muséale du gouvernement québécois, nos reporters Jean-Noël Anslijn et Mathieu Pronovost ont interviewé Madame Hélène Pagé, présidente de la Société des musées québécois, et Monsieur Michel Perron, Directeur général de l'organisme.


Mathieu Pronovost : D'abord, Madame Pagé, quelles sont vos premières réactions suite à l'annonce de Madame Maltais ? Vous sembliez heureuse, soulagée ?

Hélène Pagé : Soulagée ? oui ! Parce que c'est, comme je le disais hier soir au banquet des Deuxièmes Rencontres, une bien longue histoire qui représente plus d'une douzaine d'années d'attente. C'est aussi quatre ans d'un travail très intensif, parce que la nécessité d'une politique muséale n'était pas gagnée d'avance auprès du ministère de la Culture et des Communications du Québec. Alors, il a fallu faire la preuve; même si c'était réclamé, il n'y avait pas d'écoute. Depuis quatre ans, un rapport de confiance s'est développé. On constate une sensibilisation aux problèmes que vivent les musées. Malheureusement, ce laps de temps de quatre ans, depuis que la SMQ avait établi des priorités, a fait en sorte que la situation s'est aggravée dans beaucoup de musées au Québec. Quand on dit qu'on accueille cette politique avec soulagement, c'est vrai, parce qu'on se dit : enfin il y aura des mesures qui vont corriger la situation, qui vont faire en sorte que ça aille mieux. Mais ce qui est intéressant, ce sont les orientations que la ministre a données, même si elles n'ont pas le même libellé : la SMQ avait été beaucoup plus loin dans ses propositions.

Le libellé n'est pas le même donc, c'est le privilège d'une ministre et aussi sa responsabilité que de préparer ces politiques, on ne conteste pas ça. Mais on est content qu'il y ait une convergence, ça se rejoint. Maintenant il reste une étape cruciale. Madame Maltais a mentionné quelques mesures, on sent bien que ce n'est pas un portrait complet. Lorsqu'on lit très attentivement tous ces axes et ces objectifs, il y a des volets où il n'y en a pas, d'autres où la mesure à elle seule ne peut répondre à tout.

Une consultation sera faite avec le milieu. La SMQ sera là pour s'assurer que les mesures proposées sont en concordance. Et on sait très bien que ces mesures là exigent du financement. Parce qu'il y a une consolidation à faire, il y a un rattrapage à faire. Ensuite, il y a des mesures qui seront sur un ordre de grandeur de deux, trois ans, qui vont donner l'essor suffisant pour bien repartir. Mais la ministre a entre autres parlé de relance et ça je l'ai retenu. Il ne s'agira pas que de faire survivre le milieu mais que les politiques allaient plus loin.


M.P. : Comment se situait le gouvernement au moment où la SMQ a proposé cette ébauche de politique. Est-ce qu'il y avait certaines réticences ?

Hélène Pagé : Ce fut très long parce que, comme je l'ai dit précédemment, chaque année la SMQ, depuis 12-13 ans, allait auprès du ministère en lui précisant qu'il fallait bouger, que ça allait mal. Cependant, soyons honnête, en 1994, sous le gouvernement libéral, il y a eu un énoncé d'orientation avec certains crédits supplémentaires qui ont aidé beaucoup et qui ont permis de réajuster. Un manque de fonds a contrecarré et bloqué cette lancée. Mais dans cet énoncé, de grands pans de la pratique muséale ont été occultés. Les collections, on n'en parlait pas, ça n'existait pas. Par rapport à ça, dans ce qu'elle nous a présenté, Madame Maltais ne parle pas de fonction, elle ne parle pas de territoire, elle ne parle pas de typologie, ce qu'on devine c'est que l'intention est qu'il y en ait pour tout le monde. Je suis certaine aussi que ce sera à géométrie variable, qu'il y a des mesures qui seront destinées à Montréal, qui ne seront évidemment pas les mêmes que celles pour les centres en région.


Jean-Noël Anslijn : Madame Pagé, quelle est votre position vis-à-vis les propositions d'accords bilatéraux de Madame la ministre ?

Hélène Pagé : On ne peut qu'être d'accord, qu'agréer à cette ouverture, parce qu'il y a déjà des projets en cours : les Rencontre en sont un bon exemple, la SMQ travaille déjà aussi avec le Mexique. Mais dans le milieu, ce type de projet existe aussi. Nous n'avons qu'à penser au Musée des sciences naturelles du Séminaire de Sherbrooke, il y a des expositions présentement qui circulent en Europe. De bonnes expositions, de bons produits. Alors ce qui est intéressant, c'est qu'il est bien que le Québec « s'exporte », mais il est aussi important de recevoir. C'est donc une politique qui n'est pas nombriliste, on sent qu'il y a un projet dans les deux sens. On a envie d'aller ailleurs, d'aller montrer ce qu'on fait, mais on veut aussi entendre et voir ce que les autres font. Je suis sûre que l'avenir réside dans le partage. Il faut se confronter, non pas dans un esprit de compétition, mais dans un but de partage. Ça nous permet d'avancer sur notre vision des choses, sur nos visions du monde. La vérité d'aujourd'hui ne sera pas celle de demain. C'est une voie tellement importante.


J.N.A. : Y a-t-il déjà des commentaires de la part des membres de la SMQ sur les propositions de la Ministre ?

Hélène Pagé : Oui, la majorité sont d'accord avec les propositions, avec les orientations. Mais aussi certains disent que les mesures ne sont pas assez élaborées ni assez détaillées. Ce que j'entends aussi, c'est que les gens se préparent pour la consultation : les gens connaissent très bien leurs besoins et ils seront prêts.


J.N.A. : Peut-on parler de nouvel élan? Comment peut-on définir ces nouvelles propositions ?

Hélène Pagé : Pour moi, c'est un nouvel élan. C'est repartir sur une base solide. Il y a un enthousiasme. Ce qui me fascine chez les muséologues, c'est la passion de leur métier, le souci de leur public, la fierté du patrimoine qu'ils détiennent et le désir de le diffuser.


J.N.A. : Monsieur Perron, est-ce que l'on peut parler, suite à l'annonce faite, d'un projet de société ? Peut-on l'envisager de cette façon ?

Michel Perron : Effectivement, ce qu'il faut voir sur le terrain, dans la pratique, c'est que la culture s'installe comme un système dans d'autres systèmes, que sont les systèmes d'éducation, les systèmes socio-politiques, géopolitiques et ainsi de suite. À quelque part, la donne culturelle en est une parmi d'autres et, même par sa définition la plus large, elle englobe les autres, dans l'effectif des autres elle demande à être gérée de façon particulière. À cause de cela, on a besoin de restreindre son cadre d'application, simplement pour que l'éclatement ne soit pas celui du cadre lui-même mais plutôt des interventions à l'intérieur de ce cadre, de l'intérieur vers l'extérieur. Donc, nous avons besoin d'une politique patrimoniale qui soit des plus généreuses possible. Et tout autour de cette politique patrimoniale et des politiques satellites, intervient une politique muséale.

Ce que j'entends par politique généreuse, c'est une politique qui, à la fois, dicte une attitude générale, dicte les choix de l'État envers la culture et dicte la volonté très claire de laisser les intervenants de la culture agir en pleine liberté et en pleine connaissance à l'intérieur de leur sphère. C'est cet équilibre entre l'intention de l'État, d'une façon large, et la liberté et la reconnaissance de l'intelligence, de la compétence et de la pertinence de chacun de ces intervenants. Ce qui me plaît le plus dans l'approche de Madame Maltais, c'est cette capacité d'appropriation des acteurs de la politique à travers le document. Il faut se détacher de tout modèle qui serait trop interventionniste. C'est l'équilibre à rechercher, c'est aussi un des enjeux. Il est évident aussi qu'une politique culturelle parle d'un projet de société, ça parle également du développement identitaire, ça parle d'un projet de société. En fin de compte, il existait d'autres politiques mais pas de politique muséale, nous étions en quelques sorte des orphelins.


J.N.A. : Doit-on parler davantage de fusion des objectifs ou de convergence ?

Michel Perron : Préalablement, on devrait parler d'identification claire et partagée des objectifs parce qu'on peut alors cibler ce qu'on désire. Ensuite on peut le découler en objectifs. Mais ce n'est pas si simple, pas si évident que ça. Ça se situe dans un processus de négociation. Il faut d'abord s'entendre, savoir si l'objectif est bien le même. La précision des intentions est une phase cruciale et pas du tout simple, souvent la plus complexe. Si on n'y arrive pas, ça dérape assez facilement.

Entre les termes fusion ou convergence, je privilégie celui de convergence, parce que dans le cas d'une fusion il y a un aspect osmose, un aspect qui m'embête un peu, parce que c'est perdre un peu de sa liberté. Je préfère cohabiter plutôt que de me fondre.

Propos recueillis par Jean-Noël Anslijn et Mathieu Pronovost - 18 septembre 1999

 

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