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Notre reporter Jean-Noël Anslijn s'est entretenu avec Monsieur Jacques Lange, Attaché au Cabinet du Ministre Robert Collignon, Ministre du Gouvernement de la Communuaté Wallonie Bruxelles en charge du patrimoine culturel et des musées. Voici la transcription de cet échange.

En guise d'introduction, nous voudrions vous poser une question assez ouverte concernant les réflexions que vous inspirent les Rencontres de Dijon et, en aval, vos premières impressions sur les Rencontres de Montréal. Quelles étaient vos attentes par rapport à l'événement en cours ?

Malheureusement je n'ai pas pu assister aux Rencontres de Dijon et je n'ai pu les percevoir qu'au travers des comptes rendus de ce qui s'y était dit. Cependant, nous sommes actuellement dans la suite logique de Dijon et c'est, à mon sens, particulièrement intéressant du fait qu'on se trouve, en Belgique, en début de législature.

Monsieur Jacques Lange

C'est un moment propice à l'établissement d'un programme de politique muséale pour les quatre ou cinq années à venir. Évidemment, pour pouvoir travailler dans ce sens, nous serons d'abord amenés à légiférer, puisque le futur décret concernant la mise en place d'un conseil supérieur des musées nécessite l'adoption des derniers arrêtés d'application. C'est le premier stade à franchir, mais l'idée qui a été présentée ici de créer un observatoire des musées en Communauté française de Belgique me semble tout à fait opportune. Ce que nous avons pu entrevoir des modes de fonctionnement de ce type d'organisme au Québec, à l'occasion des échanges avec nos partenaires de l'Observatoire de la SMQ, est évidemment très intéressant puisqu'il s'agit d'un système déjà mis à l'épreuve et qui semble très bien fonctionner.

Je suis également très heureux de rencontrer ici une très forte délégation de nos conservateurs de musées. C'est pour moi l'occasion de reprendre contact avec eux et de faire le point sur la situation de chacun des musées qu'ils représentent. Je perçois là aussi une volonté de fédération entre les acteurs du monde muséal belge pour œuvrer à la création d'un observatoire des musées en Communauté française.

Je pense également que Monsieur le ministre de la Culture, Monsieur Robert Collignon, est très favorable à cette idée. C'est un homme sensible au Patrimoine, comme on a pu le constater lors de la précédente législature, quand il était en charge du Patrimoine au sein du Gouvernement wallon. Dans la nouvelle déclaration de politique gouvernementale, il est d'ailleurs prévu de renforcer les synergies existantes entre Région et Communauté, entre patrimoine architectural, tourisme et patrimoine culturel. Je pense qu'il s'agit d'une formule indispensable pour dégager les moyens nécessaires à la mise en place une politique plus dynamique d'accès et de gestion de nos musées.

Étant donné les réactions positives de la délégation belge, qui vont dans le sens de cette volonté de fédération dont vous parliez à l'instant, que peut-on envisager comme évolution pour les Troisièmes Rencontres, qui auront lieu l'année prochaine à Bruxelles ?

Le problème à Bruxelles sera de pouvoir promouvoir des idées nouvelles, des évolutions dans les mentalités, et c'est évidemment un challenge important qu'il faudra relever dans l'année à venir. Il va falloir préparer pas mal de choses… Nous avons évidemment des musées de qualité pour accueillir les débats, mais il faudra avancer dans la politique de mise en oeuvre des NTIC dans nos institutions muséales. Là se pose évidemment une question concernant les moyens dont nous disposons, qui sont tout autres que les infrastructures technologiques disponibles dans le contexte québécois. Nous ferons donc appel à des collaborations interministérielles, notamment avec le ministre en charge des nouvelles technologies. Le fait que chaque école dispose désormais d'un accès au Web permet la mise en place des indispensables synergies avec le monde de l'enseignement. Votre présence ici [dans le contexte du projet de coopération bilatéral SMQ-AQWBJ] prouve également que nous souhaitons impliquer les jeunes professionnels dans les débats et dans la préparation de cet événement. Cette démarche souligne la volonté de nos institutions de sensibiliser les jeunes à la politique muséale, trop souvent jugée rébarbative et « poussiéreuse ».


Vous venez d'aborder la question de la nécessaire collaboration entre écoles et musées. Comment percevez-vous l'apport des Rencontres dans cette perpective ?

Je constate qu'il existe des techniques d'animation pédagogique, des techniques de sensibilisation et d'apprentissage des connaissances utilisant les NTIC dans le cadre de collaborations écoles/musées. Il y a là une série de concepts intéressants et d'expériences que nous pourrons adapter dans le cadre de développements ultérieurs. Les projets qui nous sont présentés dans le cadre de ces Rencontres montrent d'ailleurs clairement l'intérêt des ces échanges d'expertise.


Avez-vous déjà quelques informations précises en ce qui concerne les points forts des Rencontres de Bruxelles ?

Monsieur Damien Watteyne pourra mieux vous renseigner à ce sujet puisqu'il est la cheville ouvrière des Troisièmes Rencontres. Ce qui est évident, c'est que les organisateurs de cet événement tiendront compte des attentes des participants, comme ce fut d'ailleurs le cas pour l'organisation des Rencontres de Montréal, notamment grâce au dépouillement des formulaires d'évaluation qui sont confiés à tous les congressistes. Dès que les bulletins d'évaluation auront été dépouillés, nous pourrons nous revoir et en discuter. Ce point pourrait d'ailleurs faire l'objet d'un article pour le prochain volet de votre projet [de cyber-reportage].


Vous avez insisté sur les moyens qui vont être dégagés pour la création d'un observatoire des musées en Communauté française de Belgique. À ce stade de développement du projet, quelles options importantes ont déjà été mises en évidence ?

L'implantation probable à Namur de cet observatoire constitue un point important, du fait de sa position stratégique et de la richesse de la ville d'un point de vue patrimonial et muséal. Le lieu d'implantation, la « Maison des musées », située rue des Brasseurs, est également touristique et symbolique. Ceci étant dit, les moyens nécessaires doivent surtout permettre le fonctionnement de cet organisme, avec une permanence et une structure fonctionnelle efficace. Le problème de la création d'un site Web permettant d'assurer le suivi et la diffusion des informations nécessite également énormément de ressources humaines et financières. Je pense qu'un effort sera consenti à cet effet et c'est en tout cas la proposition que je ferai au Ministre à mon retour.


Que vous inspirent les interventions de Madame Maltais concernant le plan d'action de son ministère ?

Tout d'abord, il faut souligner le record que constitue la mise en place d'un programme d'action en neuf mois. Il est évident que le contexte est fort différent de celui que nous connaissons. On peut également souligner le rôle joué par le monde muséal québécois dans l'élaboration de cette nouvelle politique culturelle. Les moyens mis en œuvre constituent de nouveau un point important dans cette politique volontariste : les sources de financement sont fort différentes de celles dont nous disposons en Communauté française. C'est évidemment un contraste.

Néanmoins, on peut constater de nombreux points de convergence entre les projets de politique culturelle au Québec et en Communauté française. L'ouverture au monde et le partage réciproque d'expériences et d'expertises en sont un exemple, tout comme les projets de maillages culturels et d'interconnexions entre les acteurs du monde muséal, du milieu scolaire, les acteurs du patrimoine et du tourisme. Ces convergences de fond laissent entrevoir une intensification des contacts, des échanges et des développements communs entre nos deux communautés.


Quel avenir pour un espace muséal francophone ?

Je pense qu'on peut envisager l'avenir « en rose » puisque des liens vont pouvoir se développer dans la foulée des Rencontres, y compris par le biais même des NTIC, sans nécessairement impliquer des déplacements massifs, sauf quand ils sont indispensables pour favoriser les relations d'amitié et de collaboration. On va pouvoir échanger énormément d'idées et d'expériences pour préparer l'avenir de nos partenariats via les outils que nous offrent les nouvelles technologies. L'aspect scientifique de l'inventaire et de la gestion des collections va évidemment bénéficier des acquis des Rencontres et de la prolongation des échanges. On peut envisager la constitution de bases de données à très grande échelle, qui dépassent le cadre des frontières.

Il est temps de passer à l'action et de profiter des nombreuses réflexions suscitées par les deux premières Rencontres. Le contexte du début de législature en Communauté française va nous permettre de mettre sur pied un programme d'action culturelle.

Propos recueillis par Jean-Noël Anslijn - 17 septembre 1999

 

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