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Conférence d’ouverture |
Petits sourires et remous dans la salle
Il est en effet surprenant de nous percevoir d'emblée sous l'angle de nos origines alors que notre présence est motivée par les nouvelles technologies ! Outils dont l'évolution ultra-rapide et dont l'utilisation quotidienne engendrent peu de questions sur leur appropriation par l'homme.
Arrêtons-nous donc un instant avec Pierre Lévy, afin d'avoir l'occasion de porter une réflexion plus globale sur l'appropriation de l'ordinateur et, si possible, sur la question qui nous préoccupe : l'intégration des NTIC dans les institutions muséales.
Nous, homo sapiens, nous distinguons de l'espèce animale par trois éléments : le langage, la technique et la religion. Grâce à ceux-ci, nous échappons à la perception de l'" ici-maintenant ", nous augmentons la portée de nos actes et la complexité relationnelle. Ces actes donnent du sens au monde et élargissent nos moyens d'action. Ces trois éléments permettent aussi de comprendre que l'être humain est perpétuellement en (auto)création.
Pour cela, il dispose d'outils. Ceux-ci, nommés « objets anthropologiques », sont le feu, l'art, l'écriture et les ordinateurs. Chacun de ces outils permet à l'homme une libération qui a de grandes conséquences sur son évolution. La maîtrise du feu libère l'homme d'une partie de ses peurs; l'art le libère du réel, l'écriture de la mémoire.
Attardons-nous plus particulièrement à la fonction de l'écriture. Grâce à celle-ci, les choses s'accélèrent pour l'homme. De plus, il a la possibilité de décoder un message de quelqu'un qui appartient à un autre siècle et à un autre lieu que le nôtre. L'homme peut donc créer des messages universels (abstraits) qui sont indépendants de leur contexte espace-temps. En d'autres mots, le message peut être décontextualisé.
Et l'ordinateur? Faisons un bond en avant de quelques dizaines d'années, lorsque nous aurons tous accès au réseau Le cyberespace représentera les intelligences collectives. Il sera « le partout » de l'esprit humain. Il reliera non seulement le discours mais aussi les hommes. Il fera passer la conscience humaine à un niveau supérieur. Les messages seront universels (concrets). Quelle est l'étape suivante? « Je ne la dis pas, elle est trop osée! », déclare Pierre Lévy.
Et les musées dans tout cela?
Pour aborder les musées, Pierre Lévy nous emmène vers une réflexion sur la culture. La culture est un espace de formes (scientifiques, techniques, visuelles, auditives, sociales, etc.). La création élargit cet espace. Les formes sont des médiateurs entre les êtres humains. À chaque évolution technique, nous explorons plus vite et plus loin l'histoire des formes.
Ces derniers se modifient dans une conscience. Elles se transmettent par communication, par apprentissage, etc. La communication par le monde virtuel deviendra de plus en plus importante. Par exemple, nos grandes institutions de transmission des savoirs (l'école, le musée, la bibliothèque) sont appelés à se ressembler de plus en plus. Bien qu'étant historiquement différentes, elles ont le même but : transmettre la culture.
Pierre Lévy nous embarque alors dans une vision futuriste, rapide et stéréotypée de nos musées. Il admet que le musée permet une mise en espace, une mise en scène. Cependant, il soutient que la virtualité sera bientôt plus importante que les objets eux-mêmes. Selon lui, il y aura un regroupement dû à la mise en ligne de tous les musées. Ils exposeront tous au même endroit, dans le cyberespace, un lieu sans lieu. Celui-ci stimulera et transformera la conscience globale. En effet, le temps s'accélère, l'apprentissage se fait donc beaucoup plus vite.
À travers ce développement, Pierre Lévy met donc l'accent sur la non-séparation. Dans le cyberespace, la culture deviendra un tissu où tout s'entrelace. C'est le tissu du sens créé par l'humanité. Ce lieu sera en nous-même parce qu'intégré dans l'« ici-maintenant ». Selon notre philosophe, le but de cette non-séparation est de créer des liens entre les humains.
Une question parmi tant d'autres peut surgir à notre esprit. Nous nous attendions à entendre parler de l'intégration des NTIC dans les musées Nous avons entendu parler de l'intégration des musées dans les NTIC
Axelle Legros - 17 septembre 1999
| Société des musées québécois | www.smq.qc.ca | Dernière mise à jour : le 6 janvier 2012 |