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L'enseignement dans un musée |
Les musées sont une ressource éducative de plus en plus reconnue par le milieu de l'enseignement. La mise sur pied de répertoires des musées québécois de même que le développement de programmes ministériels, tel que Rencontres culture-éducation, contribuent à la reconnaissance et à l'appropriation de ceux-ci auprès des enseignants de tous les ordres. Ainsi, au cours de l'année scolaire, les classes visitent quelques musées dans le but de « sortir » et d'enrichir la matière enseignée. Et si nous osions passer de la traditionnelle visite annuelle à la visite hebdomadaire ? De cette façon, la collection ne ferait plus l'objet d'un seul cours, mais deviendrait plutôt la source d'inspiration pour tout un trimestre avec une même classe. Utopie? C'est pourtant la réalité de deux musées situés en région qui permettent la tenue de cours enseignés au sein de leur établissement. Ce texte est le résultat d'un entretien avec deux représentants de ces institutions et l'auteure, qui a elle-même profité de ce cadre d'enseignement durant une session avec ses étudiants du cégep.
Le
partenariat au cur de la réussite du projet
Depuis plus de trois ans, le Musée d'art de Joliette reçoit régulièrement un groupe du Cégep régional de Lanaudière à Joliette. Une enseignante en histoire de l'art et ses trente étudiants traversent la rue et viennent à pied au Musée presque à toutes les semaines durant les sessions d'automne ou d'hiver. Que ce soit dans la salle éducative ou dans les salles d'exposition, la responsable du groupe enseigne et évalue ses étudiants à partir de la collection du Musée. « Ce projet est né d'une volonté commune entre le Musée et le Cégep de favoriser les échanges et les rapports entre les deux institutions. Les cours au Musée s'inscrivent dans un programme plus vaste d'échanges. Le programme Interface tend à sensibiliser les étudiants au monde des arts visuels et d'accroître leur intérêt à son égard. Il vise aussi à structurer la collaboration entre le personnel du Musée, les enseignants et les étudiants du collège, de façon à les faire se rencontrer de manière régulière, autour des activité du Musée et en conjonction avec les différents programmes d'études. » précise Sylvia Johnson, responsable du Service éducatif et du programme Interface au Musée d'art de Joliette.
Les
exigences
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Marianne Rainville et ses étudiants
dans l'exposition permanente Les siècles de l'image |
Contrairement aux activités régulières du Service éducatif, la venue d'un groupe dans le cadre d'un cours enseigné au Musée ne nécessite pas l'aide des guides-animateurs. Bien souvent, l'enseignante est autonome et n'a pas besoin de soutien du personnel durant ses périodes de cours. Par contre, il revient au Musée de veiller à la surveillance des salles d'exposition. En fait, ce qui nécessite le plus de temps et d'énergie est la planification et l'organisation de la venue du groupe. Très souvent ces préliminaires touchent plusieurs membres du personnel du Musée : l'éducatrice joue le rôle de l'intermédiaire, l'archiviste des collections prête des diapositives à la demande de l'enseignante et finalement, les membres de l'équipe de l'accueil et de l'équipe des techniciens mettent tout en place pour recevoir le groupe. En effet, le Musée assure la disponibilité d'un local et le prêt d'équipements (vestiaire, tables, chaises) et d'appareils audiovisuels appropriés au bon déroulement du cours. La réalisation de ce projet entraîne donc des dépenses reliées à l'exploitation des ressources humaines. Comment couvrir ces dépenses ? Madame Johnson nous répond : « une entente de service a été établi entre le Cégep et le Musée. Cette entente met en place certaines conditions facilitant l'échange d'expertises professionnelles, de ressources didactiques et de ressources matérielles entre les deux institutions . » De telle sorte que « le Musée minimalise les coûts », qui eux, seront assumés par l'administration du Cégep et non par les étudiants. Elle rappelle que « le but de ce projet est de permettre l'accès au Musée au plus grand nombre d'enseignants et d'étudiants afin qu'ils puissent y vivre une expérience positive et enrichissante. »
Les
retombées
Le projet d'enseignement au Musée d'art de Joliette est sans contredit « une belle expérience à répéter », selon Sylvia Johnson. Il y a d'ailleurs plus d'avantages que de désavantages à maintenir cette collaboration. Pour le Musée, c'est avant tout une excellente occasion de diffuser le contenu de ses collections. En plus d'avoir accès aux salles d'expositions permanentes et temporaires, l'enseignante et ses étudiants peuvent bénéficier de la présence des professionnels du Musée lors de rencontres spéciales et de la documentation concernant les oeuvres de la collection ainsi que les artistes représentés. Cela permet également au Musée de « renforcer le partenariat avec un collaborateur de premier plan. » poursuit Sylvia Johnson. De cette façon, « il s'inscrit de manière visible et active dans la vie de la communauté et confirme son rôle d'agent d'éducation. »
La réussite de ce projet est palpable si l'on porte attention aux retombées positives chez l'enseignante et ses étudiants. Pour la responsable du groupe, enseigner un cours d'histoire de l'art dans les salles du Musée en se référant aux oeuvres exposées est un atout incroyable. La plus belle récompense aux yeux de l'enseignante, c'est de voir les étudiants agir au Musée avec respect et aisance, de répondre à leurs questions en démythifiant certains préjugés à propos des musées en général, d'éveiller leur curiosité face à l'art et de leur donner envie d'aller visiter les expositions temporaires en art contemporain durant les pauses de quinze minutes. Bref, il s'agit d'une expérience stimulante tant pour l'enseignante que pour ses étudiants. D'ailleurs, pour exprimer l'impression des étudiants, nous avons retenus certains commentaires évocateurs.
« Je trouve que le cours À la découverte de l'oeuvre d'art m'a permis d'apprécier l'art en général. Je pense que le cours devrait être donné entièrement au Musée d'art de Joliette. Voir de véritables oeuvres d'art est très bien. J'aime pouvoir observer la texture de l'oeuvre. J'ai aussi apprécié les expositions. » (Josianne)
« Je crois que c'est très important que ce cours soit donné au Musée, car c'est sur place que l'on peut le mieux associer la théorie à la pratique. » (Mélissa)
« Je pense que le cours au Musée est plus vivant que dans la classe. » (Peter)
« Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'opportunité de pénétrer dans un musée. C'est un bonus ! » (Émilie)
« La motivation est bien meilleure au musée, tout comme la concentration. » (Kevin)
« Le fait de donner le cours au Musée était une très bonne idée. Nous pouvions analyser des oeuvres live. Je trouve que c'est un point fort du cours et en même temps, cela nous fait changer de décor ! » (Emmanuelle)
« Vraiment, l'idée du Musée c'est génial ! C'est ce que ça prend. Personne ne suit des cours d'éducation physique ou de chimie dans une classe. C'est important de concrétiser nos apprentissages en voyant de quoi on parle. C'est aussi plus concernant et plus vrai de voir des oeuvres en réalité plutôt qu'en diapositives. L'atmosphère est agréable et relaxante. Par-dessus tout, l'expérience est enrichissante. » (Caroline)
« En temps ordinaire, je n'irais pas au musée. Alors que quand le cours est au musée, je me dis que je suis aussi bien d'en profiter. » (Maxime)
Comme nous pouvons le constater, un tel projet permet à des jeunes de s'approprier l'espace du Musée qui devient par le fait même une ressource importante, au même titre que la bibliothèque de l'école. En plus, cela contribue à développer chez ces jeunes adultes un potentiel de visiteurs autonomes, qui, nous l'espérons, prendront l'habitude de fréquenter les musées à l'avenir.
Un
projet similaire avec le primaire
Le Musée régional de Rimouski vit une aventure semblable à celle du Musée d'art de Joliette depuis maintenant trois ans. Ici, ce ne sont pas de grands visiteurs provenant du cégep, mais de jeunes artistes du primaire. Luc St-Amand, responsable des communications et de l'action culturelle, explique : « Le Musée régional de Rimouski offre un programme d'enrichissement en arts plastiques en collaboration avec les écoles Sainte-Agnès et l'Aquarelle de la Commission scolaire des Phares. Il s'agit d'une formation académique enrichie en arts plastiques pour les élèves des deuxième et troisième cycles du primaire. Cette initiative vient de la directrice de l'École Sainte-Agnès, qui, à l'époque, désirait augmenter la présence du volet culturel dans son programme d'enrichissement. Elle a donc effectué un premier contact avec le personnel du Musée pour vérifier s'il y avait une possibilité de créer une association entre ce dernier et son institution. Le Musée s'est alors montré intéressé à offrir un enrichissement en arts plastiques, à condition que les parents payent des frais d'inscription couvrant les dépenses reliées à ce programme (864 $ taxes incluses par enfant pour une année) et que l'école soit responsable du transport entre le Musée et l'école comme c'est le cas pour tous leurs programmes d'enrichissement . »
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Une élève du programme d'enrichissement
en arts plastiques du Musée régional de Rimouski |
Depuis, des élèves viennent, quatre matins par semaine (6 heures par semaine), au Musée régional de Rimouski afin de recevoir une formation en arts plastiques et en histoire de l'art. Ce programme donne aux enfants « la chance de rencontrer des professionnels du monde artistique (artistes, conservateur de musée, etc.) tout en évoluant dans un lieu voué à la diffusion de l'art . » poursuit Luc St-Amand. Au cours de l'année scolaire, le Musée organise deux vernissages pour exposer les travaux des élèves. Attirant ainsi de nouveaux publics qui visitent l'ensemble des expositions en cours. Grâce à ce projet, le Musée a pu engager une ressource supplémentaire en arts plastiques pour animer le programme éducatif. Aussi, cette première expérience a généré deux autres partenariats avec le milieu de l'enseignement : un programme d'enrichissement à des élèves faisant l'école à la maison, ainsi qu'une série de quatre rencontres par année avec une autre école de la région. Les avantages de l'enseignement dans le Musée sont nombreux. Luc St-Amand est convaincu : « Ce projet permet d'intégrer davantage l'institution au sein de la collectivité rimouskoise. Cela nous offre également la chance de réellement sensibiliser ces jeunes, et leur famille, à la réalité d'un musée. ( ) Ce qui démontre une fois de plus l'importance de s'ancrer dans notre milieu. De plus, c'est une belle preuve qu'en créant des partenariats, tout le monde en ressort grandi . » Les écoles partenaires ont renforcé leur volet culturel en enrichissement scolaire et le Musée augmente considérablement son taux de fréquentation tout en appliquant sa mission éducative.
Un
projet réalisable en région seulement ?
Selon Luc St-Amand, « il est possible de réaliser cette forme de partenariat dans d'autres milieux. En fait, cela dépend surtout du lieu versus l'emplacement des écoles avec lesquelles pourraient se former un partenariat. En effet, il est important que les deux soient relativement près afin d'éviter une perte de temps lors des déplacements. Bien entendu, il faut également toucher un programme bien précis, tel le volet art/sport/études dans notre cas. Et en terminant, le musée accueillant un tel programme se doit d'avoir un espace à y consacrer. Les jeunes y passeront plusieurs heures par semaine tout au long de l'année scolaire. Ils doivent pouvoir travailler dans une atmosphère appropriée . » Malgré tout, le préalable conditionnel à la faisabilité d'un projet éducatif de cette envergure est « l'entente et la collaboration entre les deux institutions » d'après l'expérience de monsieur St-Amand : « Tout le monde doit connaître les limites de son mandat et veiller à respecter ses obligations afin d'éviter des malentendus . »
Marianne Rainville, consultante en éducation muséale
et enseignante en histoire de l'art au Cégep régional de Lanaudière
à Joliette
En collaboration avec
Sylvia Johnson,
responsable du Service éducatif et du programme Interface, Musée
d'art de Joliette,
et de
Luc St-Amand,
responsable des communications et de l'action culturelle, Musée régional
de Rimouski
| Société des musées québécois | www.smq.qc.ca | Dernière mise à jour : le 1er décembre 2009 |